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Syndicalisme et idées reçues
Michel Laliberté
La Voix de l'Est
4 août 2008
Il est toujours de bon ton de critiquer les syndicats. Ça sonne tout aussi bien lors d’un barbecue que, par exemple, lors d’un congrès des jeunes du Parti libéral du Québec. À force de l’entendre, on finit par apprendre par cœurs l’argumentaire anti-syndical: les syndicats pressent le citron des entreprises et de l’État; ils tiennent la population en otage; et (le classique) ils protègent les fainéants. S’il existe ici et là des exemples de cas d’exagération et d’abus, on attend encore cependant des preuves concrètes que tout ça est érigé en système.
Pourtant, à écouter les jeunes militants libéraux, la démocratie syndicale ne se porte pas bien dans la province. Aussi veulent-ils changer les règles régissant les syndicats. Ils ont lancé deux idées ce week-end à Sherbrooke lors de leur congrès: imposition d’un vote secret pour l’accréditation du syndicat et pour les mandats de grève.
Rassurons tout de suite ces jeunes qui veulent changer le monde: sans être parfait, le processus d’accréditation des syndicats au Québec est très bien structuré. Il force les travailleurs concernés à se regrouper avant de s’adresser au ministère du Travail. Un arbitre s’assure ensuite que toutes les étapes ont été franchies avant qu’une accréditation ne soit octroyée. C’est un résumé rapide, certes, mais on doute que ce processus fasse défaut.
Quant aux mandats de grève obtenus par des syndicats, et bien rassurons à nouveau les jeunes libéraux: une décision de cette importance est prise lors d’un scrutin secret. En 15 ans de carrière — et j’ai couvert quelques conflits de travail —, jamais n’ai-je vu ou entendu parler d’un vote de grève à main levée. Ceci dit, peut-être que nos jeunes amis libéraux ont des informations contraires…
A-t-on vraiment des problèmes au Québec du fait que 40,5 % (donnée de 2006) de nos travailleurs sont régis par une convention collective (au Canada, ce sont 30,5 % des travailleurs et aux États-Unis 13,1 %, selon les données du ministère du Travail)? Les conflits de travail, surtout les grèves, pullulent-ils plus qu’ailleurs au Canada? Les syndicats sont-ils obtus à tous les changements?
Non à toutes ces réponses.
1. L’économie québécoise a progressé de manière plus significative ces dernières années qu’en Ontario qui ne compte pourtant que 28,2 % de travailleurs syndiqués.
2. Les relations de travail se portent bien merci chez-nous; l’an dernier, seulement 51 conflits de travail ont été recensés (incluant des lock-out) au Québec. Et ce chiffre est en baisse: la moyenne de conflits de travail pour la période de 1998-2005 a été de 125.
3. De nos jours, les syndicats cherchent davantage le partenariat avec les patrons que le conflit. Les employés de Bombardier à Mirabel n’ont-ils pas accepté récemment de rouvrir leur convention collective pour convaincre la multinationale de leur confier son projet Cseries?
Voilà des preuves que le syndicalisme québécois n’est pas l’obstacle décrit par ses dénigreurs au développement d’une société prospère. Les syndicats ont pour la très grande majorité amorcé avec succès un virage dans la modernité.
À ce compte, peut être les jeunes libéraux devraient-ils en faire autant en abandonnant leurs idées reçues sur les syndicats!
http://blogues.cyberpresse.ca/voixdelest/?p=183


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