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Les syndicats : au bord de l'essoufflement ?

Jonathan Harmon

Candidat à la maîtrise en histoire

Université de Montréal

Vendredi dernier, l'émission La Tribune de la radio de Radio-Canada avait comme sujet l'avenir du mouvement syndical, posant cette intéressante question sur la capacité des syndicats à s'adapter aux nouvelles réalités du travail et à intéresser les générations montantes. Certains intervenants arguaient que les syndicats étaient aujourd'hui désuets, condamnés à disparaître sous les forces de la mondialisation et l'avènement d'une génération de lucides.

C'est un discours que nous entendons fréquemment ces temps-ci dans l'espace public. Le mouvement syndical est souvent dépeint comme une force réactionnaire, sclérosante et anachronique. Ses détracteurs reconnaissent l'utilité passée des syndicats, mais ils considèrent que la «nouvelle réalité du travail» et les jeunes travailleurs leur sont profondément étrangers.

Plusieurs raisons me font penser que ces critiques sont injustifiées. D'abord, les conditions de travail actuelles sont résolument moins avantageuses qu'elles ne l'étaient il y a quelques années: les salaires sont moins élevés, les statuts plus précaires, les avantages sociaux de moins en moins présents. Si cette tendance se maintient, ma génération, que l'on qualifie souvent «d'individualiste», n'aura d'autre option, je crois, que de se rabattre sur l'action collective afin d'améliorer son sort.

Mais surtout, ces critiques ne tiennent pas compte de la percée historique qui fut réalisée récemment par le mouvement syndical. Depuis maintenant deux ans, les auxiliaires de recherche et d'enseignement de la plupart des universités de Québec, ceux de l'UQAM, de l'Université de Montréal, de l'université Concordia, de l'Université Laval et de l'Université du Québec en Outaouais se sont dotés d'un syndicat. Il s'agit ici de plusieurs milliers d'étudiants, les futurs travailleurs de demain, qui ont fait le choix de la syndicalisation, malgré tous les préjugés et la mauvaise presse dont les syndicats sont aujourd'hui victimes. À l'heure actuelle, la plupart de ces syndicats étudiants en sont à leurs premières négociations, donnant forme à un mouvement encore à inventer, mais on ne saurait négliger l'impact de l'arrivée de ces milliers de nouveaux syndiqués sur l'évolution du mouvement syndical au Québec.

Tout d'abord, la syndicalisation de ces auxiliaires de recherche et d'enseignement démontre la possibilité pour les syndicats de faire des gains significatifs dans les milieux de travail atypiques. Ce succès les incitera peut-être à prendre davantage de risques à l'avenir et à investir plus d'efforts et d'énergie dans les syndicalisations des travailleurs à statut précaire, tout comme il permettra de mettre en avant des modèles de négociation, de mobilisation et de convention collective qui pourront servir d'exemple à tous les milieux de travail atypiques, jugés souvent comme impropres à la représentation syndicale.

À moyen terme, l'arrivée de syndicats en milieu universitaire permettra au mouvement syndical d'accroître son capital de sympathie et de combattre les préjugés dont il est souvent victime. C'est toute une génération de travailleurs qui aura été sensibilisée aux rouages de la vie syndicale et aux avantages qu'elle peut apporter dans les milieux de travail.

Arrivés sur le marché du travail, occupant des postes dans toutes les sphères de l'économie, ces étudiants seront probablement beaucoup plus favorables à la syndicalisation que ne le sont en ce moment des milliers de travailleurs n'ayant jamais été syndiqués.

Mais surtout, les syndicats universitaires auront pour effet d'insuffler au mouvement syndical une bonne dose de dynamisme. L'arrivée massive de plusieurs milliers de nouveaux jeunes membres habitués à la mobilisation par l'entremise des associations étudiantes dans les rangs des centrales syndicales n'est peut-être que le début de ce processus de redéfinition du mouvement syndical et d'une meilleure adaptation à la réalité du travail d'aujourd'hui.

Du simple point de vue de l'image, la présence de jeunes adultes dans les rangs syndicaux, diplômés pour la plupart de deuxième ou troisième cycle dans des disciplines comme la philosophie ou la physique cantique, marque une rupture avec cette image de l'ouvrier prolétaire, présent au coeur de l'imaginaire et du discours syndical depuis des lunes. Le fait également que la plupart des présidents des syndicats en milieu universitaire soient des femmes, dans un monde encore trop fortement représenté par des hommes, contribuera également à envoyer un message fort de changement. Qui sait si cette image renouvelée d'un syndicalisme plus jeune et plus équitable en matière de représentation entre les sexes ne permettra pas de faire des percées dans des secteurs jusqu'alors très peu représentés.

Les changements engendrés par l'arrivée de milliers d'étudiants prendront plusieurs années avant de se matérialiser, mais il s'agit certainement d'un pas dans la bonne direction. Tant de luttes sont encore à mener, mais, décidément, le mouvement syndical vient de démontrer, avec l'arrivée en son sein de milliers de jeunes, sa capacité de se transformer, faisant preuve d'une vitalité certaine et faisant mentir tous ceux qui en avaient prédit son essoufflement.

 

Le Devoir, 9 et 10 août 2008

http://www.ledevoir.com/2008/08/09/200866.html

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Mise à jour: 12.08.2008 11:10   Accueil | Contacts | Plan du site | Recherche | Devenir membre | Écrivez-nous
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